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Bijoux d'Essaouira : la fibule, la rose de mogador et le dag souiri

Par: Alice JOUNDI  

ARTISANAT La bague finement tressée de fils et de points d'argent, le bracelet ciselé, le pendentif et le talisman, les pierres semi-précieuses, l'ambre, la corne, le corail et tant d'autres : la bijouterie d'Essaouira relève aussi bien de l'art que de la magie. Au carrefour des influences et des traditions est née sa forme identitaire : le raffinement à l'état brut.

Comme la ville entière, la bijouterie d'Essaouira raconte son histoire, un caractère et des savoirs venus de loin ; un héritage que les artisans pérennisent et réinventent avec talent de nos jours encore. Réunis en une corporation active, ils représentent aujourd'hui la deuxième activité artisanale de la ville après la marqueterie sur bois de thuya.
Certaines boutiques sont dispersées dans la médina, d'autres sont historiquement regroupées dans le fameux souk des bijoutiers, dédale de petites enseignes aussi petites que chargées de créations plus ou moins locales. Avec tout autant de choix, les bijoutiers du centre artisanal vous accueillent dans leur atelier-boutique. Vous pouvez y observer la fabrication de bijoux selon les méthodes traditionnelles et profiter d'un large choix de produits de qualité. Certaines pièces en bijouterie n'ont rien de "souiri" et sont en partie importées des villes du sud, dont la confection est influencée par la bjouterie des touaregs mêlant bois et cornes au métal d'argent. D'autres pièces ornées de pierres semi-précieuses relèvent des traditions venues d'Europe ou du Moyen Orient.
La bijouterie à Essaouira est elle affaire de mixité et d'un mélange d'influences qui firent de Mogador la capitale marocaine de la bijouterie au début du XXème siècle. Aujourd'hui encore, il est de bon aloi d'aller faire un petit tour chez le bijoutier pour ramener un souvenir argenté, perlé, orné de pierres ou d'émaux.

Le "Dag Souiri" ou comment définir un design bijoutier d'Essaouira

Si l'on devait résumer la bijouterie mogadorienne ce serait en deux mots : simplicité et régularité. Pour la petite histoire, à la base de cet artisanat se trouve la combinaison heureuse entre les traditions juive, amazigh (berbère) de la région du Haha (région d'Essaouira), du Souss (région d'Agadir), et de la région de Marrakech.
Derrière des origines ethniques, les symboles et insignes hérités des croyances et religions font tout le sel et la beauté de ces créations. Car la fonction première des bijoux est aussi bien de protéger celui ou celle qui le porte contre le "mauvais oeil" et les sorts, que de signifier son rang social ou ses origines. La "khmissa" (main de fatma) ou la fibule berbère sont ainsi chargées de symboles, tout comme la rose de Mogador, emblème de la bijouterie juive d'Essaouira.

A quoi reconnaître un bijou de confection souirie ? Vous pouvez bien sûr demander au vendeur, mais certaines techniques sont locales et ne trompent pas :

- le moulage des pièces à partir d'argent fondu,
- le filigrane, qui consiste à souder de très fins fils et grains d'argent sur une plaque ou bien entre eux (de loin la technique la plus emblématique de la cité des vents),
- la ciselure par laquelle on sculpte ou crée un relief dans la masse du métal.

Déclinant à l'infini les inspirations des maîtres bijoutiers, toutes les oeuvres méritent un coup d'oeil : il faut voir, prendre le temps et regarder dans le détail ce que ces mains d’orfèvres font avec quelques outils et des méthodes anciennes.

Aujourd'hui sortent des ateliers d'Essaouira des créations originales, modernes et inspirées d'ailleurs, qui s'ajoutent à tout ce que le dag souiri a déjà de diversifié, pour créer de nouvelles pièces, uniques, typiques et peut être bien magiques... Qui sait ?

Texte Alice Joundi
Photo Creative Commons