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BO’jloud : peaux de bêtes en cinémascope

Par: Alice JOUNDI  

PHOTOGRAPHIE Essaouira accueille l'exposition "BO'jloud" de Dounia Fikri, à l'Institut Français. Depuis le 17 novembre, on peut y découvrir les séries sélectionnées par l'artiste ainsi qu'une projection à travers lesquelles elle nous parle de tradition, adoptant le regard à la fois cru, doux et poétique d'une artiste accomplie. Des instantanés remarquables avec un petit grain de folie. On aime.

Lorsque L'Uzine, espace culturel et d'expression artistique situé à Casablanca, accueille la lecture de portfolios organisé par PHotoEspaña (l'un des plus grands festivals de photographie et arts visuels d'Europe), le jury désigne la jeune Dounia Fikri comme lauréate espoir de l'événement. Déjà présente lors des Nuits Photographiques d'Essaouira 2017, la jeune artiste revient avec une exposition à l'Institut Français.

 

« Ce n’est pas le travail de Dounia que nous avons choisi, c’est Dounia Fikri qui a été choisie, et tout ce qu’elle met d’elle-même dans ses oeuvres »
Précise Brahim Benkirane, photographe professionnel venu présenter la lauréate.

 

BO'jloud réunit des reportages consacrés depuis 2015 à une tradition du sud du Maroc, photographiée dans le village d’Aglou. A l’occasion de l’Aïd El Adha, trois jours durant après la célébration, de jeunes hommes détournent les peaux sacrificielles des moutons pour confectionner des déguisements. Une tradition locale, parfois méconnue, qui a lieu dans certains villages des campagnes uniquement, nous rappelle Dounia Fikri, elle-même originaire de la ville d’Agadir. 

Elle "nous offre un regard doté d’une sensibilité contemporaine sur une tradition ancestrale qui perdure dans le temps". 

Son oeuvre est résolument artistique, alors qu'elle n'hésite pas à expérimenter différents procédés (dont celui inédit de projeter du jus de citron sur les films) et se confond parfois avec l'idée du reportage. 

Un carnaval de l’étrange aux frontières du réel

En parcourant les clichés et les séquences vidéo projetées dans la galerie, l’impression qui se dégage est celle d’une cérémonie à la fois étrange, voire totalement surréaliste pour les non initiés. L’oeil de Dounia Fikri - par le choix des effets et de la pellicule - évoque parfois le making of d’un film, à la frontière entre les Star Wars et Mad Max revisités.
Rien d'étonnant à cet aspect cinématographique lorsqu'on sait qu'elle a fait des études de cinéma.

La fiction semble donc s’inviter au bled, de façon traditionnelle et incongrue, où les acteurs de cette mascarade couverts de peaux fraîchement découpées, déambulent dans la rue, mi homme-mi bélier aux allures de personnages mythologiques...

 

A la fin de l'exposition, une série donne à voir les prémices d'un autre projet. La femme, le féminin s'invite bientôt dans l'oeuvre de Dounia Fikri. A suivre, indiscutablement.