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Dina Bensaïd rend hommage au public d'Essaouira

Par: Alice JOUNDI  

FESTIVAL Au moment de clôturer le 18ème Printemps Musical des Alizés, la directrice artistique, et très grande pianiste, Dina Bensaïd, a rendu un vibrant hommage au public et à la singularité de ce festival "unique au monde". Retour sur les temps forts d'une édition lumineuse et poétique à Essaouira.

C'est à la lueur de ses mots, tout au long du festival, que Dina Bensaïd guide le public vers les nuances et les faces parfois cachées des compositions interprétées. Introduisant avec brio le programme des concerts, elle sut donner à chaque mouvement interprété, à chaque opus, à chaque symphonie, la dimension historique ou personnelle qu'ils méritaient. 

Un festival sous le signe de la générosité

12 concerts offerts grâce aux sponsors du festival, l'Orchestre Philharmonique du Maroc venu de Rabat à la hâte, ne ménageant ni son sommeil ni ses efforts pour se présenter devant le public d'Essaouira ; un public par ailleurs en surnombre dès le concert d'ouverture, acclamant chaque artiste avec une joie sincère ; une organisation menée de front par l'équipe restreinte de l'Association Essaouira Mogador, plus que jamais sur le front pour répondre à la programmation d'un festival dont la qualité ne fait jamais défaut : c'est par la combinaison des générosités et de l'envie commune de vivre ce moment que le Printemps Musical des Alizés existe à Essaouira. Alors, disons-le : merci !

Instants magiques

Le talent de Brahms mis en lumière par cette édition mena chacun de nous vers les tréfonds de son âme, mélancolique parfois, joyeuse et festive souvent, toujours poétique et passionnée.

Mais au fil de ces quatre journées, quelques moments exceptionnels ponctuèrent le programme. Parmi lesquels l'accueil fait au Choeur Philharmonique du Maroc dans la nouvelle Maison de la Mémoire, Bayt Addakira, dont les portes s'ouvrèrent pour la première fois au public, annonçant l'avenir d'un lieu d'exception au Maroc.

Le quintette à cordes, réunissant Christophe Quatremer et Nadim Garfi (violons), Wissem Ben Amar (alto), Raphaël Chrétien (violoncelle) et Mathieu Martin (contrebasse), a ravi l'assistance par la combinaisoin heureuse de ses talents. Outre la dimension internationale de cette formation composée d'artistes originaires de différents continents, la densité particulière de leur jeu et la connivence avec le public acheva de nous emporter là où la musique classique est en tous points universelle, en véritable condensé d'émotions.

La même formation, aux côtés de Thomas Leleu et de son tuba lors concert de clôture, offrit une très belle fête de la musique aussi inattendue qu'éclectique. Le dialogue entre l'artiste joyeux, son instrument à vent et le chant d'un oiseau s'invitant sous la coupole de Dar Souiri finit de rendre cette ultime représentation totalement atypique.

Comme à l'accoutumée, la matinée des jeunes talents donna à voir des artistes au devenir plus que prometteur, dont l'amour de la grande musique est né au Maroc, faisant aussi la fierté des écoles du pays.

Parmi eux, les élèves du programme socio-éducatif Mazaya (formant à la maîtrise d'un instrument classique des enfants de 8 à 14 ans issus de milieux défavorisés ou déscolarisés), démontrèrent leur volonté de s'approprier les grandes oeuvres du répertoire classique et romantique, avec détermination et dignité.

Absolument typique du Printemps Musical des Alizés, le concert en plein air dans la médina permit aux passants, aux enfants et aux familles, installées sur les tapis et les poufs marocains, de participer à ce festival de la façon la plus spontanée et décontractée qui soit.



" Comment se passer d'Essaouira pendant 364 jours ? " S'interroge Olivier Holt (chef d'orchestre et directeur artistique de l'Orchestre Philharmonique du Maroc) avant de quitter la scène samedi dernier... 

L'Orchestre Philharmonique offrit son énergie et son talent aux côtés, cette fois-ci, de Dominique de Williencourt (violoncelle) ou de Deborah Nemtanu (violon). L'ensemble fit preuve d'une grande générosité pour le public d'Essaouira. Public que le chef d'orchestre, Olivier Holt, n'hésita pas à faire participer sur quelques notes de Brahms offertes en bis de leur représentation. Une fantaisie qui acheva de nous faire prendre la mesure d'un moment unique et partagé.

En prise à la bonne humeur qui irradie de ce festival, et face à l'immense talent des artistes sur les scènes, chacun aura donc, une nouvelle fois, pu saisir la chance d'avoir été à Essaouira durant ces quelques journées ventées.

C'est d'ailleurs très émue que Dina Bensaïd rendra un hommage au public avant de quitter la grande scène. "Un public exceptionnel dont la qualité d'écoute et la proximité sont propres à ce festival" insista-t-elle.