À savoir, Culture

Essaouira à l'heure du thé

Par: Alice JOUNDI  

PATRIMOINE GUSTATIF Il s'agit de rendre hommage à la ville par qui le thé est entré dans l'histoire du Maroc, scellant à tout jamais sa tradition et son quotidien avec la saveur sucrée et subtilement amère des feuilles venues des montagnes du Yunnan. Le musée d'Essaouira inaugure cette année une exposition consacrée à la culture du thé au Maroc, que le royaume connait depuis le 18ème siècle par l'entremise notamment des navires débarquant alors dans le port d'Essaouira.

Du 25 novembre 2013 au 15 juillet 2014, le musée Mohammed Ben Abdellah d'Essaouira accueille une exposition intitulée "Le Thé, une culture partagée entre le Maroc et la Chine" inaugurée par le Ministère de la Culture Marocain, l'administration du Patrimoine Culturel Chinois et l'Association Essaouira Mogador en présence de M. André Azoulay. A cette occasion, le conseiller du roi Mohammed VI n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler que "c'est par Essaouira que le thé a abordé nos côtes au 18ème siècle, et c'est depuis Essaouira qu'il est entré dans nos foyers". L'exposition retrace l'histoire d'un cérémonial et d'une spécificité que le Maroc partage avec la Chine depuis trois siècles, faisant de lui le second consommateur de thé au monde.

La Guerre de Crimée sur la route du thé

Dès le 17ème siècle, sous le règne du Sultan Moulay Ismaël, la consommation du thé réservée à quelques rares initiés fait l'objet d'un cérémonial digne des plus hautes distinctions au Palais, si bien qu'une attribution est dès lors confiée au "Moul Atay", haut responsable politique en charge notamment de la cérémonie et du service de la prestigieuse boisson. A cette époque, le breuvage se fait encore rare et précieux au Maroc.
Dans les années 1850, alors que la guerre de Crimée interdit à la Compagnie des Indes l'accès aux pays baltes, la flotte marchande se voit contrainte d'écouler ses marchandises hors d'Europe. Au plus près de Gibraltar, Mogador (Essaouira), avec Tanger, accueillit les navires et leurs précieuses marchandises. Ainsi débute l'entremise d'Essaouira dans l'histoire qui unit depuis lors le royaume du Maroc avec la culture du thé. C'est à partir de cette époque que le thé se démocratise allant jusqu'à devenir la boisson nationale et ritualisée que l'on sait.

Chine et Maroc : le thé pour symbole d'amitié

Si l'ouverture prochaine d'un musée national du thé à Essaouira (deuxième du genre seulement dans le monde par son ampleur) permettra d'ancrer durablement ce partenariat entre les deux pays, l'exposition actuelle décrit dans ses moindres subtilités l'histoire, les enjeux et les coutumes liées à la consommation du thé au Maroc.

Résolument lié à l'hospitalité marocaine, le thé contribue à une notoriété du Maroc dans ce qu'il évoque de plus romantique et authentique. Une part de vérité qui accompagne tous les souvenirs jusqu'aux plus lointains que l'on garde de ce pays. Il était temps qu'on y consacre bien plus qu'une exposition...

Texte et photo Alice Joundi