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Essaouira en escale littéraire : le roman d'une ville qui n'a pas fini d'être écrit

Par: Alice JOUNDI  

ECHANGES La rencontre entre le journaliste Serge Raffy et André Azoulay autour du thème "Ré-enchanter Mogador" s'est muée en un bouillon de culture délicieux, délayé d'interventions musicales. On a retrouvé l'émergence toujours plus artistique d'une réflexion autour de la cité des vents : ses amours, son histoire et son avenir à réinventer sans cesse autour de beaux projets.

Face à la piscine du Sofitel, l'assistance prend au couchant un dernier bain de lumière. Des habitants et artistes, représentants de la presse nationale et de la société civile, acteurs associatifs et économiques d'Essaouira sont venus dialoguer avec Serge Raffy, rédacteur en chef du Nouvel Observateur, biographe politique (et chanteur à ses heures aussi parait-il). Il est l'invité d'André Azoulay (conseiller du roi Mohammed VI et président de l'association Essaouira Mogador) et de Catherine Enjolet, écrivaine française qui conjugue souvent "écriture et engagement". Daniel Karbownik, directeur du Sofitel Essaouira Mogador accueille cette seconde escale littéraire avec un plaisir non dissimulé.

Il sera question tout d'abord pour André Azoulay, natif et passionné d'Essaouira, d'insister sur la "mémoire très longue" de la cité, remontant aux premiers comptoirs phéniciens jusqu'à la ville actuelle devenue "lieu de résistance", étendard moderne du Maroc par delà ses frontières... Qu'il s'agisse de conclure ou d'entamer la discussion, c'est la fragilité des acquis qui anime son discours. Car "rien n'est irréversible". Et cette sentence verbale en dit long sur l'urgence qui nourrit chacun de ses combats, comme l'état d'alerte qu'il veut ici nous communiquer. Car toutes les réalisations (festivals, sauvegarde du patrimoine, cadre de vie, événements culturels) peuvent aussi vite disparaître si on baisse un jour les bras. Le message est clair : restons éveillés car il s'agit là d'une "réalité" et non d'un rêve.

Serge Raffy : nouveau venu à bord

L'auteur des célèbres biographies de Fidel Castro ou, plus récemment, de François Hollande à l'aube de sa présidence de la République française, vient donc de découvrir Essaouira.
Dépassant ses a priori de "petit français arrogant" il avoue que sa rencontre avec Essaouira est "le fruit d'un malentendu" comme le sont tous les "itinéraires amoureux"... Tiens tiens, on parle déjà d'amour. M. Raffy serait-il conquis ?
Dans les rues de la médina d'Essaouira, la "ville carte postale" se matérialise, et Serge Raffy a déjà compris qu'il lui "faudra du temps" pour la connaître, du coup il n'ose pas trop en dire. Mais il confiera plus tard que la ville lui inspire déjà l'écriture d'une chanson. Puis il évoque sa démarche de journaliste, et sa quête inévitable du "romanesque" en chacun des personnages politiques qu'il rencontre.
Les destinées atypiques ne manquant pas à Essaouira, (disons même qu'elles font quasiment partie du patrimoine local), il y a fort à croire que notre invité trouve ici de quoi écrire bien plus qu'une chanson. Mais laissons le temps faire son œuvre...

Des témoignages et des projets : musique, photographie et poésie

Essaouira devenu le "navire amiral" des valeurs marocaines d'ouverture et de mixité, compte à son bord ce soir un équipage aussi varié qu’honorable.
Pour ponctuer cette soirée, le poète, auteur et compositeur français (natif néerlandais), Dick Annegarn, nous parle de ses 20 ans d'immigration en terre berbère dans la région de Haha, près d'Essaouira. Il offre à l'assistance un extrait de son prochain spectacle "Barbaro-berbère" avec son ami et musicien Yassine. Parenthèse musicale et poétique en hommage à la culture Amazigh.
Philippe Pozzo di Borgo témoigne à son tour, voyant en Essaouira une réponse au mal-être ambiant par le parfum de paix qui y règne. Il donne un de ses mots justes pour qualifier l'état d'esprit de la ville par l'"émergence du nouveau" qui la caractérise.
Il est aussi question de George Lapassade, philosophe français qui aima Essaouira plus qu'à son tour, d'un projet de musée de la photographie, et de la venue prochaine de l'illustre jazzman Bobby Few à Essaouira...

Nous voilà donc rassurés, car même si "rien n'est jamais définitivement gagné", la culture n'a pas fini semble-t-il d'investir le quotidien des souiris. Ses amoureux son nombreux, près à se battre on l'espère pour que la ville continue de rayonner loin, très loin, et pour longtemps.

Texte Alice Joundi
Photo Sofitel Essaouira Mogador