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Essaouira : tant de noms pour une seule ville

Par: Alice JOUNDI  

HISTOIRE Passant de comptoir phénicien à port international, la cité des alizés connut, et connait encore, bien des noms et des surnoms. D’usage ou bien oubliés, ils sont autant de façons de la dire sans jamais la décrire tant son histoire est riche et son caractère changeant.

Avant la ville il y avait un port, avant le port un simple mouillage... Sous le règne de Carthage, le site de l'actuelle Essaouira était un comptoir phénicien, lieu d'échanges commerciaux pour lequel les carthaginois édifièrent un petit fort, une tour qui servait alors de sémaphore aux navires de passage, non loin certainement des vestiges actuels d'une tour ancienne  vers l'embouchure de l'oued Ksob, que l'on appelle à tord le "Fort Portugais", et que l'on nommerait plutôt "Borj el Baroud". Et si on vous parle de tour ce n'est pas pour faire de l'archéologie, mais bien pour se rappeler de son nom antique : mogdoul, qui devint alors le premier nom d'Essaouira, avant même qu'elle ne soit bâtie : le mouillage d'Amodgoul. Tel fut également nommé le saint patron de la ville : Sidi Magdoul.

Il est dit par ailleurs que les Romains, lorsqu'ils créèrent s'installèrent sur les îles purpuraires pour le commerce de la pourpre, changèrent le nom d'Amogdoul en Tamuziga. On trouve aujourd'hui dans la médina des établissements qui empruntent cet ancien nom d'Essaouira, un brin exotique et relativement méconnu.

Amougdoul aurait été transcrit par les européens, et sous l'influence des Portugais, par Mogdouro puis Mogador en français, dont fut baptisé par ailleurs un célèbre théâtre parisien. Mogador apparait sur les cartes de navigation dès le 14ème siècle. Il demeure à ce jour "l'autre nom d'Essaouira", associé à la période faste du port et à son rayonnement international. Située sur les voies de communication et d'échanges entre l'Afrique sub-saharienne, le moyen-orient et l'Europe, Mogador, également surnommée à l'époque le "port de Tombouctou", devint à la fin du 18ème siècle le principal pôle régional des échanges commerciaux, et le port le plus important du Maroc.

La petite muraille

La ville même et son port actuel furent fondés par le Sultan Sidi Mohamed Ben Abdellah à la fin du 18ème siècle, entre 1760 et 1764 plus précisément. Il choisit alors de nommer la ville : Essaouira (ou Souira).
Si les berbères l'appellent traditionnellement Tassourt ("petit mur" ou "petit rempart"), les arabes auraient de tous temps nommé la ville Essaouira, et ce bien avant le Sultan fondateur. Diminutif du mot arabe sour (muraille), il s'agirait en fait de la version arabe de Mogador, partageant donc son étymologie architecturale - et on revient à la fameuse tour, ou mogdoul, des carthaginois... Ces deux noms, Essaouira et Mogador, cohabitèrent deux siècles durant, et restent jusqu'à ce jour perpétuellement associés à la ville et à sa région. L'un restera la dénomination plus internationale et historique, l'autre sa transcription arabe et locale, et ce jusqu'en 1957, date à laquelle Essaouira devint le nom officiel de ladite (à juste titre) "perle de l'Atlantique".

Ainsi, Essaouira connut autant de noms que de destinées, gardant de toutes les époques et de toutes les langues l'aura et la désignation d'une forteresse sur l'océan, qui n'a pourtant rien de fermée, ô combien tournée vers l'autre et les horizons du monde entier. A ce titre, le Sultan fondateur Mohamed Ben Abdellah aurait vu juste en disant que : "Quiconque entre dans cette ville, pauvre, la quitte prospère. Car dans cette cité, la richesse arrive d'horizons lointains."

Photo DR Simon Saliot - 2012