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La Maison de la Mémoire : savoirs et cultures en partage à Essaouira

Par: Alice JOUNDI  

AVANT-PREMIERE Nous avons eu la chance de visiter les chantiers de la future Maison de la Mémoire, Bayt Al Dakira, à l'issue de la rénovation du bâtiment de la Synagogue Simon Attia. Les portes s'ouvriront bientôt sur un projet porteur d'une belle ambition pour le dialogue inter-religieux ; un enjeu qu'Essaouira et le Maroc incarneront au-delà des frontières. Visite et infos clés.

La rénovation de la Synagogue Simon Attia est aujourd'hui sur le point de s'achever. De ses ruines nait une demeure dont les portes seront bientôt grandes ouvertes : Bayt al Dakira (La Maison de la Mémoire).

C'est une réalisation de toute beauté qui se prépare derrière les vieilles pierres ; conjuguant matériaux nobles du Maroc et savoir-faire artisanaux. La rénovation du bâtiment et ses aménagements témoignent à eux seuls de l'excellence marocaine et souirie (la société en charge du chantier et les artisans étant tous issus de la ville d'Essaouira). Une architecture dans le pur esprit marocain, dont les boiseries en cèdre de l'Atlas embaument l'immense espace. Mais au-delà des considérations esthétiques, la rénovation de la synagogue Simon Attia précède l'émergence d'un projet sans précédent au Maroc.

Un lieu vivant et partagé 

Le conseiller du roi Mohammed VI, M. André Azoulay, natif d'Essaouira et président fondateur de l'Association Essaouira Mogador, porte et défend ce projet depuis plusieurs années. Grâce à lui, Bayt Al Dakira se destine à prendre vie en tant que lieu de partage d'une mémoire commune et ouvert à tous, loin, très loin, des velléités communautaires qui minent aujourd'hui les esprits. L'occasion, une nouvelle fois, pour le Royaume et la ville d'Essaouira de raviver le dialogue et de rendre grâce à son patrimoine.

«Je tiens à ce que le directeur de ce centre soit un musulman, en terme symbolique, et qu'il soit le garant d’un patrimoine juif marocain. » André Azoulay.

La Maison de la Mémoire réunira un centre de recherche international dédié au dialogue inter-religieux entre juifs et musulmans (en collaboration avec des centres de recherche et universités étrangères) ; un espace muséal dédié au grand historien et professeur académicien souiri Haïm Zafrani* - dont la famille a légué l’ensemble des ouvrages constituant une fabuleuse ressource documentaire historique - ainsi que la synagogue qui sera ouverte au public.

Trois destinées qui donnent à cet établissement une dimension particulière à ce projet, et ce dans le respect de la volonté du roi Mohammed VI de rénover le patrimoine juif marocain, au même titre que celui de toutes communautés ayant fait partie intégrante du patrimoine marocain maghrébin depuis des millénaires.


Infos clés

Environ 10 millions de dirhams auront été consacrés à ce projet, financé à plus de 80% par le Ministère de la Culture aidé par l'Association Essaouira Mogador et l'Ambassade d'Allemagne (prenant à sa charge le financement de l'immobilier).

La surface de 1300 m2 en fait un espace vaste et lumineux, dont la terrasse offre une vue à couper le souffle sur la médina et les abords d'Essaouira.

Deux studios aménagés pour accueillir les chercheurs en résidence, des salles de conférence, une superbe bibliothèque et les salles d'exposition font partie des espaces de cette grande maison.

C'est le 15 décembre que les travaux s'achèveront. L'inauguration est quant à elle prévue au printemps 2018.

 

* HAÏM ZAFRANI (1922 - 2004), historien, écrivain, académicien ; était professeur émérite à l'Université de Paris VIII où il a dirigé le Département de langue hébraïque et de civilisation juive ainsi que des groupes de recherche à l'Université et au CNRS. Auteur de 13 ouvrages et plusieurs centaines d'articles portant sur la pensée, les littératures et les langues juives en Occident musulman, il fut récompensé par deux prix scientifiques internationaux. Haïm Zafrani était membre correspondant de l'Académie du Maroc et Fellow of the Institute for Advanced studies à l'Université hébraïque de Jérusalem.

Sa pensée, son oeuvre continueront de vivre et d'être partagées à Essaouira grâce à Bayt Al Dakira.