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Le bel avenir de l'ancien Consulat Danois à Essaouira

Par: Alice JOUNDI  

RESTAURATION Le plus grand bâtiment historique et plus ancien consulat d'Essaouira, va enfin être restauré. Une enveloppe de 20 millions de dirhams mise sur la table par le Ministère de la Culture permet aujourd'hui de financer un chantier à la fois emblématique et unique à Essaouira et au Maroc. Un bien beau destin se dessine sur les plans de l'architecte pour ce site exceptionnel qui périclitait depuis des décennies, menaçant de tomber totalement en ruines...

Un peu d'Histoire...

Dans le plus ancien quartier de la médina d'Essaouira - la Kasbah autrement appelée "quartier du roi" - et actuel centre historique de la Cité des Alizés fondée par le Sultan Mohamed Ben Abdellah au 18ème siècle, s'étend le plus grand bâtiment historique de la ville, le Consulat Danois. 
Achevé en 1765, ce tout premier bâtiment consulaire d'Essaouira initiait une consolidation des relations entre le Maroc et le grand royaume du Danemark. Les Danois, alors encouragés par le Sultan pour s'installer à Essaouira afin d'y exercer leurs activités commerciales, bénéficièrent d'un bâtiment de plus de 1000 m2 au sol cumulant les rôles de comptoir au rez-de-chaussée (vente et achat de produits d'importation et d'exportation), de bâtiment administratif et logement consulaire au premier étage, à l'instar de tous les consulats de la ville.

C'est le consul Georg Höst qui vécut le premier dans ce bâtiment. Contemporain du Sultan fondateur, il lui rendit hommage dans un livre (tardivement traduit par Frédéric Damgaard en français), "Histoire de l'empereur du Maroc Mohamed Ben Abdallah" (Ed. La Porte) ; véritable témoignage du règne du monarque et de ses relations internationales avec le Danemark notamment.

 


250 ans plus tard, la restauration du bâtiment est officiellement annoncée

Madame la Déléguée du Ministère de la Culture à Essaouira, Zohr Amhaouch, et Monsieur le Conservateur Principal, inspecteur des monuments historiques et des sites archéologiques de Mogador-Essaouira, Abdelfattah Ichkhakh, nous ont fait le plaisir de répondre à nos questions. Ouvrant les plans pour mieux expliquer les tenants du projet pour ce beau bâtiment, ils rappellent combien son architecture revêt un caractère typique de la ville d'Essaouira au moment de sa fondation.

 

A l'issue de 2 années de travaux, le site sera enfin restauré, et ce même si cela fait plus de 20 ans que des études sont menées par de nombreux architectes sur le site. 
En amont du grand chantier, la population locale a été sondée au moyen d'un questionnaire en français et en arabe adressé par le Ministère de la Culture, afin de recueillir les attentes des Souiris, et plus particulièrement celle des jeunes d'Essaouira. Une centaine de questionnaire a été retournée, confortant l'ambition d'y créer un centre culturel de proximité. 
 


Monsieur Ichkhakh souligne par ailleurs que ce projet de restauration répond à trois enjeux majeurs : 

Conserver 
le potentiel historique de la médina et de ses bâtiments, dont il est le plus grand ;
Restaurer (et non pas rénover ou reconstruire) en faisant appel aux matériaux traditionnels;
Réhabiliter l'espace au moyen d'une "restauration dynamique", afin de "lui rendre vie et âme", tout en contrecarrant les carences en institutions culturelles de la médina.

C'est à l'architecte, M. Mustapha Fettane, que l'on doit le travail de maîtrise d'oeuvre pour l'ensemble des plans entrepris sur ce projet.

 

Ainsi, ce grand monument - dont le patio à ciel ouvert sera muni d'un toit rétractable selon la technique empruntée pour la cour de la Mosquée de Paris - réunira un ensemble d'espaces culturels tels qu'une petite salle de théâtre, une petite salle de cinéma, une bibliothèque, une médiathèque, des galeries d'exposition, des ateliers, des studios pour héberger des chercheurs en résidence à Essaouira, une salle de conférence, une salle polyvalente, une petite cafétéria ainsi qu'une "salle témoin" dans les anciens bureaux du consul, décorée à la danoise dans l'esprit de ses appartements de l'époque.

"La médina est un espace culturel où la synergie doit se faire entre espaces de différentes fonctions, dans la continuité de ce qui a été fait pour Bayt Al Dakira (la Maison de la Mémoire, dans les locaux rénovés de la Synagogue Simon Attia. NDLR), pour le Musée Mohammed Ben Abdellah, ou l’actuel Conservatoire de musique installé dans l’ancien consulat d’Espagne." souligne la déléguée du Ministère de la Culture à Essaouira.

Une restauration qui fera appel à tous les spécialistes, y compris des archéologues

Pour restaurer ce site ancien, dont certains des planchers et peintures décoratives demeurent, ainsi qu'une grande partie des murs, le Ministère de la Culture fera appel à de nombreux spécialistes, y compris à des archéologues, pour étudier et retrouver les structures et matériaux initiaux du consulat danois. L'enveloppe de 20 millions de dirhams consacrera d'ailleurs 1,5 millions aux seules études menées pour le site en amont des travaux.

Un projet qui vise à rendre actuels le patrimoine d'Essaouira et ses vieilles pierres, dont l’Histoire n'a pas finie de se raconter, ni de se partager.