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Loy Ehrlich en résidence à Essaouira

Par: Nathalie PERTON  

CONCERTS D'EXCEPTION Les mélomanes, amoureux du jazz, de la musique africaine, gnaoua et des fusions de haut vol en salivent déjà. C’est un cadeau providentiel que nous font le musicien Loy Ehrlich et l’Institut Français d’Essaouira pour 2016 avec six concerts gratuits de celui qui a foulé les scènes du monde avec les plus grands musiciens ; celui qui sut créer cet ethno jazz-afro-fusion inclassable avec son trio Hadouk. Interview et révélations d'un programme d'exception.

A ceux qui ne le connaissent pas, une phrase qu’il nous a dite au cours de cette interview caractérise assez bien l’essence du talent de Loy Ehrlich : "Je navigue entre Bach et la musique gnaoua et pour moi, en terme d’influences, les deux sont au même niveau". Six concerts de mars à novembre 2016 en résidence avec des musiciens colossaux vous attendent. Rencontre, avec Loy Ehrlich le Souiri, l’Africain, le démiurge multi-instrumentiste, celui qui fut aussi directeur artistique du Festival Gnaoua et Musiques du Monde pendant 10 ans et qui est aussi un Souiri, incontestablement. 

Loy : multi-instrumentiste, créateur...

Sa carrière est riche, dense, ses rencontres, d'excellence. Loy, né Alain Ehrlich, est un musicien, multi-instrumentiste : clavier, basse, guembri, gumbass, kora… Il commence à jouer du piano à 5 ans, et de son répertoire classique il tire l’excellence, l’exigence qui architectureront son univers et lui permettront de faire assez vite des rencontres fondamentales : Didier Malherbe avec qui il fondera l’inclassable et exceptionnel Hadouk trio, Louis Bertignac, mais aussi Touré Kounda, Youssou N’Dour, Daniel Waro, Richard Bona... Des opportunités qu'il relativise avec humour et humilité : "j’ai été plusieurs fois au bon endroit au bon moment".
Loy Ehrlich -que l'on devine plutôt réservé, un peu sauvage ou en tous cas indomptable- est aussi et surtout un être de rencontres, de musiques jouées et partagées, de voyages, un chercheur, un glâneur sachant imprimer sa touche, son alchimie, sa création. Fondateur de nombreuses formations dont Hadouk Trio avec Didier Malherbe et Steeve Shehan mais aussi Band of Gnawa, il est aussi l'un des chantres d’une musique jazzy, racée et africaine. Malgré l’influence de la musique gnaoua dans sa vie, il le dit lui-même : "je ne peux pas citer un maâlem dont je me sentirais héritier" et ce, malgré le fait qu’il ait joué et côtoyé de nombreux Maalmines. Alors pourquoi ?
Parce que Loy Ehrlich n’est pas un initié ; son univers créatif est trop fort alors il écoute, s’imprègne, détourne et transforme. C’est ce qu’il a fait avec le guembri, créant l’instrument le gumbass (guembri et basse) mais c’est ce qu’il fait surtout avec la musique des gnaoua ou africaine, en filigrane de toutes ses créations, qu'il retravaille et transforme en une alchimie dont lui seul a le secret, créant un univers singulier.

L’appel de l’Afrique, d’Essaouira

Quand il vient pour la première fois au Maroc, Loy Ehrlich a 20 ans et c’est l’époque hippie, il découvre la musique gnaoua et se sent littéralement appelé par ce qu’il désigne comme "la puissance de la musique" qui exulte de ce répertoire. C’est là qu’il a sa révélation, celle de sa résonnance profonde avec l’Afrique mais aussi celle de la musique qu’il veut pratiquer : créative, jazzy et métissée. Rencontrant l’Afrique et le Maroc comme on rencontre son destin : "à travers la musique gnaoua, j’ai découvert quelque chose qui m’a envouté et fait découvrir la puissance de la musique. En même temps c’était comme un révélateur de quelque chose que j’avais déjà en moi."
Depuis ce jour, Loy Ehrlich a l’Afrique chevillé aux semelles, tissant un lien irrévocable avec la musique des gnaoua et Essaouira. Ce lien va perdurer, pendant les dix années de programmation du festival Gnaoua et Musiques du Monde, jusqu’à aujourd’hui puisqu'il a une maison dans les environs d’Essaouira.

Laboratoires de talents : 6 concerts en exclusivité de mars à novembre avec des invités de taille !

Il nous raconte que le projet lui a été soumis par Anne Dubourg, directrice de l’Institut français d’Essaouira qui lui proposait alors de créer une série de concerts, lui offrant "carte blanche". Une idée qui correspondait alors exactement avec son projet d’enregistrer un album au Maroc. A vos alarmes événementielles, vous allez assister à une sorte de laboratoire de talents inédit : "je veux laisser de la place à l’impro, à ce qui n’est pas prévu" mais on sait déjà son talent pour les fusions d’un genre spécial et pour nous garantir avec ses artistes invités une série de rendez-vous musico-expérimentaux rares et uniques.

Le 11 mars, Loy nous offre en cadeau de se confronter à un inconnu, quelque chose qu’il n’a jamais exploré : une représentation seul sur scène. Et nous n'avons aucun doute sur l’aspect qualitatif de la dose décibélique qu’il va nous injecter ! Le 15 avril il sera en duo avec Jean Philippe Rykiel, pianiste, claviériste de talent qui a joué avec Tim Blake, Salif Keita, Youssou N’Dour. Le 27 mai, Loy jouera avec Cyril Atef, percussionniste que vous avez peut-être entendu aux côtés d’artistes aux styles hétéroclites : de Matthieu Chedid à Cheb Mami, l’Orchestre National de Barbès, Alain Bashung en passant par Brigitte Fontaine, Princess Erika… Le 22 septembre il accueille Mathias Duplessy, prodige de la guitare et de la viole mongole. 


En octobre il nous fera le présent d’un concert avec ses acolytes de toujours de Hadouk Trio, Didier Malherbe, joueur de saxophone, flûtiste, clarinettiste, ocarina et surtout de Doudouk -sorte de hautbois arménien- et Steve Shehan percussionniste franco-américain.

Enfin, en novembre,
pour clore cette série fantastique, ce polyptyque pour mélomanes, il nous prépare un duo avec notre excellent multi-instrumentiste national Mehdi Nassouli (chant, guembri, crotales, ghayta…) qui accompagne par ailleurs Titi Robin, Hindi Zahra.

Voilà, c’est de la crème, du caviar à ouïr et se délecter, c’est gratuit et ça se passera à Essaouira, que dire de plus si ce n’est vous engager à mettre vos emplois du temps au diapason de ces rendez-vous d’exception.

Texte Nathalie Perton
Photo DR Zicamontreuil