Culture

" Nocturnes " : Essaouira en clair obscur

Par: Alice JOUNDI  

RENCONTRE A l'occasion de l'exposition photo présentée au Bastion Bab Marrakech par la délégation du Ministère de la Culture d'Essaouira, on s'offre une interview sous les voûtes en pierres avec trois des cinq photographes à l'affiche. Portés par des clichés nocturnes de la ville, ils partagent avec nous leur parcours photographique et leurs défis de jeunes artistes passionnés résidents à Essaouira. Visite guidée par les plus concernés...

Un thème (la nuit), une ville (la nôtre), cinq photographes (souiris) : c'est ainsi qu'on pourrait résumer l'exposition Nocturnes donnée au Borj Bab Marrakech ce mois de novembre. Alors que la photographie semble faire sa place peu à peu dans les galeries d'Essaouira, c'est une nouvelle fois que le dit "Bastion" se fait l'écrin des artistes de la ville.
On rencontre Siham Machrouh, Soufiane Bouhali et Mohammed Aknaïk pour une visite guidée de l'exposition (et un petit cours de photographie en prime). Tous ont en commun d'avoir participé à un stage de photo à Essaouira organisé par le un professeur d'une grande école d'art photographique, qui nourrit par ailleurs (et comme on le comprend) une véritable passion pour le Maroc. A ce titre on vous laisse apprécier le résultat du workshop de ses étudiants au Maroc en ligne. Mais la comparaison de leurs parcours s'arrête là.

Chacun son approche, chacun ses visions

Siham Machrouh, ancienne athlète et étudiante dans le tourisme fait partie d'un club de photo depuis deux ans. Cela fait peu de temps qu'elle possède son propre matériel et pourtant : elle dessine le sillage de la lumière dans un contexte nocturne à Essaouira qu'elle qualifie elle-même d'"exceptionnel " et parvient à faire des lueurs de la ville des formes étranges et géométriques sur fond de remparts sous-exposés.
Soufiane Bouhali, vidéaste avant tout, est un passionné de l'image. Avec une panoplie d'objectifs à la pointe de la technique, cet autodidacte aime à tester tous les points de vue et fixer les nuits paisibles sous tous les angles. Sa vue des toits de la ville endormie notamment dresse un panorama scintillant et intemporel d'Essaouira.
Mohammed Aknaïk enfin, présente ses oeuvres photographiques artistiques pour lesquelles il travaille aussi bien l'encadrement que la mise au point. Amateur des nuits pluvieuses, il saisit les reflets lumineux avec une poésie sincère, laissant transparaître à l'occasion ses antécédents picturaux.
Houcine Baladi quant à lui n'en est pas à sa première exposition à Essaouira. Encouragé par son entourage depuis sa plus tendre enfance, cet ancien gamin des rues devenu grand fixe avec un profond désir d'esthétisme les scènes du quotidien qui font sa ville.
Si les travaux de Saïd Benhamida font l'affiche de l'exposition, c'est certainement pour l'aspect pictural de son oeuvre. Techniquement, on a beau m'expliquer la méthode, le rendu de ses fondus polychromes fixés sur les pavés de la nuits laissent rêveurs : réalité ou illusion ? Le travail de l'artiste est de taille et, avouons-le, très décoratif. 

Être photographe à Essaouira

Pour conclure cette entrevue, Siham, Mohammed et Soufiane ne cachent pas qu'il était temps de mettre en lumière la photographie Made in Essaouira, réalisée par des jeunes marocains et habitants de la ville. Photographier Essaouira c'est aussi rencontrer les limites d'un art et de ses perpétuelles exigences, pas toujours raccords avec le contexte ou la géolocalisation. Le matériel vient de l'étranger, chacun se débrouille pour le faire importer. Quant au travail du portrait il relève encore ici de la gageure. Côté technique, internet est une mine d'informations et de compétences où chacun d'eux trouvent de quoi s'enrichir. Leur meilleur outil semble-t-il pour progresser dans leur art.

Ces photographes, qui ont en commun d'être des artistes accomplis, voient plus loin que leurs objectifs et n'ont pas fini de nous révéler la cité des vents, de jour comme de nuit.

Texte et photo Alice Joundi.