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Thuya : art premier d'Essaouira

Par: Alice JOUNDI  

ARTISANAT Un arbre, une forêt, des tables, une sculpture : on trouve à Essaouira le bois de thuya dans tous ses états. Les marqueteurs et menuisiers, ébénistes et véritables artistes ou inventeurs, ont perpétué et modernisé un savoir-faire artisanal vieux de plusieurs siècles, dont la réputation n'est plus à faire au Maroc comme à l'étranger. Histoire et rencontre avec Yasssine, ébéniste passionné.

Utilisé initialement par les menuisiers pour construire les maisons et éléments de la vie quotidienne, le thuya est désormais inscrit dans le patrimoine d'Essaouira. D'ailleurs, qui se balade dans la médina verra bien vite la quantité d'objets en bois, allant de l'abat-jour ciselé à la cuillère à salade. L'artisanat à base de thuya c'est une multitude d'histoires imbriquées, entre l'homme et la forêt, l'homme et l'objet, l'art et l'histoire, et le luxe parfois même.

De la famille du cyprès, le thuya est un bois solide et parfumé, ce qui n'enlève rien à son charme et au plaisir de séjourner dans les maisons traditionnelles de la région dont les charpentes faites de troncs courts et noueux embaument les pièces. De l'usage pratique à la décoration il n'y a qu'un pas. Aujourd'hui, le design s'en mèle, empruntant la méthode aux anciens pour aboutir à des créations contemporaines originales.

Tout réside dans l'art et la manière de créer cette forme lustrée et ciselée aux couleurs chaudes, unies, moirées, mouchetées ou incrustées de nacre.


Deux bois, trois méthodes

Les artisans de Mogador ont toujours fait valoir leurs talents auprès des sultans et riches familles marocaines, comme des touristes européens dès le début du 20ème siècle. Quant à la technique, elle fut améliorée au fil des années avec l'introduction d'outils, de machines et aussi de talents créatifs venus d'Italie, de France, d'Andalousie et du Maroc lui-même. Ainsi les artisans ébenistes passèrent de la confection de tables et fenêtres à des œuvres bien plus minutieuses.

Pour comprendre le "comment" de la chose, rendez-vous à l'Ensemble artisanal d'Essaouira, où dans son atelier vous pourrez rencontrer Yassine.

On sait que du thuya on utilise deux bois, celui de la racine (appelée la "loupe d'Orme" par les français) dont les motifs mouchetés sont recherchés, et celui des troncs et branches pour des teintes plus unies.

Tout est affaire de patience et de respect car l'extraction même de la racine doit être faite en douceur et sans machine pour ne pas risquer de l'abîmer. Gris cendré, le bois est séché, débité, raboté et ciselé.

Ensuite, "il existe trois méthodes", nous explique Yassine : 

- la marqueterie : l'incrustation de petites pièces de bois différents (noyer, thuya, ébène) et de nacre; 
- la sculpture qui révèle la forme voulue dans la masse du bois ;
- et le plaquage du bois de racine sur une pièce aux grandes dimensions.

Mais ce qui fait du Thuya un bois unique selon Yassine c'est l'association des trois qualités recherchées par les ébénistes : la résistance, la couleur et le parfum.

Aucun autre bois n'offrirait une telle combinaison.

Diplômé, Yassine a fait des études qui lui permettraient aujourd'hui de travailler dans un secteur dit "d'avenir". Mais ayant grandi auprès de son père artisan et "né dans le métier", il a reçu en héritage la passion du thuya. Pour lui, le plus important c'est "que ce métier ne se perde pas".

Un arbre protégé dont le Maroc détient 80% de la réserve mondiale

Aujourd'hui vous ramènerez peut être un souvenir made in Essaouira en bois de thuya pour décorer votre intérieur. Demain, prenez le temps d'une balade dans l'arrière-pays à la rencontre de cet arbre protégé dont le Maroc détient près de 80% des réserves mondiales.
Soumis à une pression de plus en plus forte, la déforestation a soulevé dernièrement le débat, et le secteur doit sans-cesse se renouvellé -comme évoqué dans la presse nationae ce mois-ci.

Des actions de reboisement et de préservation ont été mises en place pour protéger l'arbre, l'écosystème forestier, et, par la même, le talent des maîtres du bois, artisans passionnés de Mogador.

Photo Alice Joundi