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" Un pas de travers " : quand la route des lieux saints partagés passe par Essaouira

Par: Alice JOUNDI  

CINEMA C’est un documentaire pensé comme un voyage en Méditerranée sur la route de la paix et de la ferveur. Made in Essaouira soutient ce projet artistique et anthropologique dont la production a peut être besoin de votre aide : faites passer le mot !

Cela fait 3 ans que Malek Sahraoui, réalisateur et reporteur résident à Essaouira, glane des images tournées dans les lieux saints partagés au fil d’une odyssée en Méditerranée. Un voyage qu’il a entrepris pour donner naissance, il l’espère, au film documentaire intitulé Un pas de travers, ouvrant les portes de lieux qui témoignent de l’immense aptitude à la tolérance dont sont aujourd’hui encore capables les religions, et les hommes...
Il s’agit d’un film qui porte un message aussi fort qu’indispensable "à l’heure où les actualités dessinent un monde empêtré dans des conflits religieux". Ainsi pense Malek Sahraoui, attelé à la tâche passionnante de réunir images et témoignages de ce que la ferveur religieuse a de plus pacifique, lorsqu’elle transcende les clivages culturels, historiques, sociaux et lorsqu'elle rappelle, surtout, le lien qui unit les peuples malgré leurs obédiences.

Le projet de documentaire est pensé comme le prolongement d’une exposition existante et consacrée aux lieux saints partagés conçue pour le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MuCEM) par Manoël Pénicaud* -anthropologue et chercheur au CNRS- et Dionigi Albera -directeur de recherche au CNRS-. Alors que l’exposition connut le succès qu’elle mérite à Marseille et en Tunisie au musée du Bardo (et devrait s’exporter en Europe, au Maghreb et aux Etats-Unis) ; le film documentaire de Malek Sahraoui viendrait offrir ce regard complémentaire à l’oeuvre déjà réalisée, celui du cinéma. 

"Pendant 2 ans, j'ai accompagné Manoël et Dionigi tout autour de la Méditerranée, du Maroc aux Balkans, en passant par l'Algérie, la Turquie, Israël, la Macédoine ou encore la Crète. À sa façon le film raconte cette petite odyssée."  

Essaouira : une destinée à part

Il faut rappeler que Malek Sahraoui, ancien reporter pour les émissions françaises telles que Thalassa, Faut pas rêver et Un Oeil sur la planète, a beaucoup tourné d'images dans le monde et au Maroc. Il découvre Essaouira lors d’un reportage en 1991, qui devient peu à peu son refuge, son point d’ancrage pendant des années, entre deux tournages aux quatre coins du globe. Aujourd’hui gérant d’un restaurant dans la médina, il offre à la ville dans ce projet documentaire une place toute particulière. 

Son histoire, aux confluences des traditions, son passé cosmopolite, ses courants spirituels dont elle a gardé les traces (synagogues, églises, chapelles, mosquées) et l’esprit d’ouverture, son talent pour laisser toujours "une place à l’autre étranger", sa façon de rester humble et accueillante, confèrent à Essaouira, ce petit port ouvert sur l’Atlantique, "une destinée un peu à part", nous dit-il.

L'actuel chantier de réhabilitation de la synagogue Simon Attia d'Essaouira en un centre de recherche sur les relations entre Judaïsme et Islam est à ce propos un projet emblématique. 

Lorsque Un pas de travers verra le jour, une projection à Essaouira sera l’occasion pour Malek Sahraoui de partager le fruit de son travail avec les habitants de la ville à laquelle, tel Ulysse après un long voyage, il n’a de cesse de revenir...

*NDLR : Manoël Pénicaud est également auteur de l’ouvrage « Dans la peau d’un autre » et d’une thèse, tous deux consacrés à la confrérie des Regraga, constituant à ce jour la documentation la plus aboutie sur le sujet, et disponible en consultation et à l'emprunt à la médiathèque de l’Institut Français d’Essaouira.