Lieu, Culture

"Un vrai échange culturel doit se produire"

Par: Alice JOUNDI  

DES ARTISTES DANS LA VILLE... Avec plus de 200 participants et 40 nationalités (chercheurs, entrepreneurs, acteurs associatifs, artistes), les "États Généraux des Entreprises Citoyennes" de retour cette année du 28 au 30 juin, ne se contentent pas de créer un espace d'échanges, de travail ou de réflexion ; ils s'accompagnent d'interventions artistiques dans la ville, proposant des oeuvres durables, intégrées et porteuses de sens... Pour vous en dire plus, nous avons rencontré Sam Baron, Designer et artiste, commissaire du programme culturel pour les États Généraux des Entreprises Citoyennes.

Comme les participants l’ont défini lors des États Généraux des Entreprises Citoyennes 2018 dans la Déclaration d’Essaouira, « les entreprises citoyennes sont celles qui, en plus de leur performance économique, démontrent leur efficacité à garantir une vie collective de qualité, pour les générations présentes et futures ». Les participants à l’édition 2019 sont donc réunis, entre experts, décideurs et entrepreneurs autour de cette définition et de l'appel de Thinkers & Doers : "Economy for Humanity". Ils aborderont selon trois axes leurs réflexions : le climat, l’égalité et la progrès social. 


En 2018, déjà, le parcours artistique de la première édition des Etats Généraux des Entreprises Citoyennes à Essaouira invitaient des talents à investir la ville : les phrases clés de RÉRO, les murs de photos de JR, le projet Constellation art (qui collecta dans une boîte géante les rêves de chacun) ou les drapeaux de Sam Baron -qui demeurent devant la porte Bab Sbaâ à Essaouira et font désormais partie intégrante d'un espace à la fois historique et végétalisé. 

Ces oeuvres et installations accompagnaient une démarche avec le voeu de transcrire une idée, un questionnement...

Les drapeaux. Un oeuvre offerte à la ville en 2018 par Sam Baron, artiste et designer du réseau Thinkers & Doers.

"Un vrai échange culturel doit se produire"

Après l'accueil chaleureux reçu l'an dernier, la conférence organisée par le réseau Thinkers & Doers revient en 2019 avec un véritable "casting" d'artistes, qui ont en commun de partager les valeurs du réseau, et d'adhérer aux enjeux de son événement annuel à Essaouira. La mission que se donnent Sam Baron et son équipe est de construire un échange culturel entre le think tank et sa ville d'accueil, en offrant l'art en partage durant chaque édition.

"Ce que l'on veut c'est faire découvrir une ville passionnante, magnifique et agréable." 

On peut le dire, Sam Baron est tombé sous le charme de la ville. Son retour à Essaouira est l'occasion d'inviter des talents afin d'y créer un nouveau parcours artistique, mêlant supports et matières variés pour, au final et très simplement, "laisser quelque chose à la ville". Cette année, le thème des Etats Généraux étant la prospérité, c'est par son étymologie retrouvée ("état de bien être") que les artistes trouvèrent le fil rouge de leurs créations...

Tout comme, lors des conférences, il s'agira de réinvestir le sens du mot, pour y intégrer sa notion d'épanouissement et de partage", nous explique le designer.

Sur la porte Bab Sbaa : l'artiste eL Seed passe le mot

Spécialiste des oeuvres monumentales et calligraphiques, eL Seed n'hésite pas à utiliser les volumes, le métal et la perspective. Pour l'occasion, à Essaouira, il a créé deux panneaux de calligraphies métalliques, disposés de parte et d'autre de la porte Bab Sbaâ

Son entrelacs rose de lettres arabes quasi hypnotiques dissimulent une citation aussi belle qu'emblématique, signée Paul Claudel : « Il n’y a qu’un certain château que je connais, où il fait bon d‘être enfermé, il faut plutôt mourir que d’en rendre les clés... C’est Mogador en Afrique. »

Calligraphie en métal, signée eL Seed. 

Tarek Benaoum rhabille la maison des travaux publics, et crée le premier "mur pour la paix" d'Essaouira

La calligraphie encore, mais sur un autre support, dans un autre format, sera révélée par Tarek Benaoum à travers une oeuvre géante, couvrant les murs de la maison des travaux publics - située en plein coeur des jardins du square Orson Welles, face au port d'Essaouira... Sur ses murs, une fresque s'est tissée au fil de nombreuses heures, révélant un canevas de calligraphies argentées, en surimpression d'un fond de peintures vives, offrant à l'oeuvre sa trame colorée.

La fresque, dont on ne connait pas la durabilité, fera partie d'un projet intitulé "Les murs pour la paix" mené par l'association Art Azoï. Ainsi, d'autres fresques, d'autres artistes, verront le jour à Essaouira lors de des prochains événements culturels de la ville. À suivre...

Tarek Benaoum @ Essaouira. Work in progress...

Les mots rayés de RERO jouent le contresens

Il récidive à Essaouira pour notre plus grand bonheur, l’artiste RERO impose en lettres géantes son regard sur la prospérité, thème de la conférence cette année. L’expression "Tout, tout de suite" barrée d’une simple droite, raconte le non-sens d’une société de consommation, qui renonce à prendre son temps pour s’épanouir et donc… prospérer. Jouant sur les valeurs et l’illusion d’une affirmation, RERO nous invite à se questionner sur l’empressement de chacun, et le risque d'oublier l’autre... L'installation visible actuellement face à la place El Minzeh sera par la suite déplacée sur un autre mur de la ville.


À Dar Souiri, nos rêves en sérigraphies...

L'an passé, la conférence offrait un espace à une autre oeuvre, alors presque invisible, qui consistait à collecter dans une grande boîte les rêves de passants et habitants de la ville. Ceux-ci ont été depuis collectés et traduits en anglais, puis transcrit en une installation de sérigraphies encadrées, visible dans la galerie d'art de Dar Souiri. Effet pink et positif garanti !

"Lettres à Nour" théâtre offert, en plein air à Essaouira

Cette année, le théâtre s'offre au public souiri avec une l'oeuvre de Rachid Benzine "Lettres à Nour", jouée pour la première fois en arabe, pour le public d'Essaouira. C'est sur la place de l'Horloge, dimanche 30 juin à 17h.

Refugee Food Festival : le pouvoir universel de la cuisine

La conférence intègre une autre dimension invitant le Refugee Food Festival. Ce projet culinaire international a vocation à faire évoluer les regards sur les personnes réfugiées grâce au pouvoir universel de la cuisine, en accompagnant leur insertion professionnelle dans la restauration et rassemblant la société civile autour de la table, lieu de paix et d'égalité. Dans le cadre de la conférence, le chef réfugié syrien, Khalouk Hammash, qui vit au Maroc, cuisinera pour les participants aux côtés des chefs du Taros et du M Beach.

Nous sommes très heureux de pouvoir accueillir ce projet, car le partage de la table fait partie de la conférence. Le toucher, la vue, le goût et la pensée : nous souhaitons relier les sens à la conférence pour rendre le voyage meilleur", explique Sam Baron.

Think local...

Démarche dans la démarche, les valeurs du réseau Thinkers & Doers s'expriment aussi dans le choix des partenaires, des matières et des produits utilisés pour l'ensemble des événements et de la conférence. Si les intervenants et participants viennent parfois du Maroc (mais surtout d'ailleurs), le mobilier, les oeuvres d'art, l'impression, les découpes, la sérigraphie, un maximum d'interventions et de créations sont réalisées par des artisans et entrepreneurs locaux.

Ainsi, les États Généraux des Entreprises Citoyennes font bien plus que pérenniser leur rendez-vous à Essaouira. Ils offrent en retour de l'art en partage, à la ville et à ses habitants, une action locale pour servir un questionnement global.